VILLA CLAUDE CAYEUX
Accompagnement à l'autonomie sociale en Centre de Réadaptation

(Texte tiré des actes de la journée d'information du 3 décembre 1999)

 

La Villa Claude Cayeux est un centre d'évaluation et de réadaptation pour 10 adultes ayant des séquelles cérébrales et/ou des atteintes physiques à la suite d'un accident ou d'une maladie.

 

Les candidatures sont généralement proposées par des centres de rééducation, centres hospitaliers, associations spécialisées ou COTOREP. Une période d'essai est systématiquement proposée pour évaluer la situation de la personne et sa capacité à se mobiliser dans un travail de réadaptation. En cas d'avis favorable, l'admission n'est possible qu'après accord de la COTOREP, avec une prise en charge financière de l'Aide Sociale.

 

Ce centre se situe dans le réseau des services spécialisés en phase de réadaptation tels que les UEROS, les services d'accompagnement ou les centres d'activités de jour. Sa spécificité est de fonctionner en internat pour des durées de séjour modulables. L'accompagnement y est global et évolutif en fonction du rythme de la personne. Il se poursuit jusqu'à la mise en place concrète d'une orientation pour l'hébergement et/ou professionnel.

 

 

Problématique et des réponses possibles dans le domaine de la réadaptation sociale

 

A - Les personnes concernées et leurs besoins

1 - Population accueillie

Les personnes présentent des séquelles acquises (maladie, accident) de niveau GOS 2 ou GOS 3 qui les rendent partiellement dépendantes pour les actes de la vie quotidienne, domestique et sociale. Ces séquelles sont généralement d'ordre neuropsychologique avec des troubles cognitifs (mémoire, attention, fonctions exécutives, aphasie, ...), neuro-comportementaux et parfois psychiatriques (stabilisés). De nombreuses personnes présentent également des déficits moteurs ou sensoriels.

Le centre étant non médicalisé et sans personnel de nuit (sauf urgence), les résidents ne doivent plus requérir de surveillance ou d'intervention médicale spécifique.

La moyenne d'âge est de 32 ans, avec une majorité de traumatisés crâniens très jeunes (18-25 ans). L'ancienneté de la lésion est variable (quelques mois à plusieurs années) et les parcours sont différents mais la plupart n'ont jamais vécu de manière autonome avant comme depuis leur accident.

 

2 - Besoins et demandes

La situation actuelle n'est pas ou plus satisfaisante

- La rééducation intensive en centre médicalisé ou la prise en charge en centre hospitalier est terminée mais le retour à domicile est impossible et aucune autre solution n'a pu être encore définie.

- La scolarité en institution spécialisée est terminée mais l'hébergement au domicile parental ou l'installation en milieu ordinaire n'est pas possible ou pas souhaitable. Il faut une étape intermédiaire pour préparer le jeune à une orientation adéquate.

- L'installation au domicile familial n'est pas ou plus adaptée. Après plusieurs mois ou années, les relations sont devenues difficiles et la famille et/ou la personne souhaitent trouver une autre solution. Souvent, les tentatives de réinsertion ont échoué et la personne n'est plus en lien avec le milieu extra familial.

- Un service spécialisé préconise un travail sur l'autonomie sociale (UEROS), un centre spécialisé demande d'accompagner la personne pour une réorientation (foyer de vie, centre d'activités de jour, …).

 

Besoin d'une évaluation en situation

- Les prises en charges antérieures (en établissement médicalisé ou en famille) n'ont pas permis d'apprécier les réelles capacités de la personne à se prendre en charge dans la vie courante. L'expérience en situation est nécessaire pour connaître le niveau d'autonomie dans les actes de la vie quotidienne, et les possibilités d'insertion sociale et/ou professionnelle.

- La personne elle-même n'a pas conscience de ses limitations et de ses potentialités restantes ; ce qu'elle en dit est souvent en décalage avec la réalité. Elle a besoin de temps et d'expériences pour faire le point sur sa nouvelle situation. Le renoncement des anciens projets est une étape indispensable pour qu'elle investisse une nouvelle orientation.

Besoin de se réadapter

- La personne a besoin de réapprendre à prendre en charge des actes de la vie courante qu'elle n'a plus assumés depuis son accident. Elle a besoin de reprendre un rythme de vie, de retrouver des repères, de se redynamiser.

- Les limitations et difficultés en situations peuvent être compensées par des adaptations techniques, des aides humaines ou stratégies compensatoires. Trouver ces aides et apprendre à les utiliser de manière efficace se fait par expérience sur le "terrain".

- La personne a besoin de se reconstruire et se resituer dans son environnement social. Certaines séquelles altèrent sa capacité de communication et son adaptation dans la relation. La réappropriation d'une place d'adulte dans un contexte autre que le milieu familial ou médical apparaît comme une étape importante de la réadaptation.

Besoin de mettre en place un nouveau projet de vie

- Le retour à la situation antérieure n'est plus adaptée. La personne doit élaborer un nouveau projet réalisable en fonction de ses potentiels et de ses incapacités. Ce travail demande du temps et un accompagnement pour définir les possibles et trouver les moyens de les mettre en place.

- L'orientation choisie doit être validée à travers des stages. La recherche de place auprès d'une institution ou d'un service, la recherche d'un appartement ou d'un poste de travail sont autant de démarches qu'il faut mener jusqu'à la réalisation concrète du projet.

 

 

B - Les réponses proposées en centre de réadaptation

 

1 - Les principes de l'accompagnement

- Séjour temporaire : c'est une étape intermédiaire dont l'objectif est d'emblée de préparer une orientation adéquate de sortie. Les séjours ont une durée moyenne de 11 mois. Cette durée varie en fait de quelques mois à près de trois ans selon les objectifs du séjour et le rythme d'évolution de la personne.

- La vie de groupe dans l'institution est une expérience importante de "re-socialisation" et de dynamisation. Le fonctionnement du centre s'appuie sur la participation de tous, à tour de rôle, à certaines tâches d'intérêt collectif (cuisine, vaisselle, mise de table, rangements, ...). S'insérer dans ce fonctionnement et dans le groupe demande de s'impliquer personnellement. Les échanges et critiques (positifs comme négatifs) que les résidents ont entre eux contribuent à ce que chacun retrouve ses repères dans la relation. Des activités et des sorties loisirs à l'extérieur du centre prolongent cette démarche de re-socialisation.

- L'accompagnement est individuel et global. Chaque personne est suivie tout au long de son séjour par un référent qui centralise les informations. Les interventions de l'équipe éducative et les démarches à l'extérieur du centre sont définies en fonction des objectifs établis en concertation avec la personne. Le travail se fait par étapes avec des objectifs et des bilans intermédiaires.

- Le point de départ du travail d'accompagnement est le désir de la personne. Quelque soit ce désir et quelque soit le décalage prévisible avec les capacités réelles, la personne a besoin de se confronter aux situations qui vont lui permettre d'éprouver elle-même la "faisabilité" de ce qu'elle souhaite. L'élaboration d'un projet passe donc par des étapes de renoncements et de validations selon les résultats des confrontations sur le terrain. Pour exemple, si la personne souhaite vivre en appartement indépendant, l'accompagnement portera essentiellement sur les situations de vie à domicile et de vie sociale.

- Le but étant toujours de se préparer pour "l'après", les acquisitions doivent être généralisables et transférables en dehors du contexte institutionnel. Les stages en appartement individuel comme les stages en milieu professionnel permettent de tester la fiabilité de ces acquis.

- Le séjour ne se termine qu'après la mise en place effective du projet. Cette phase se fait en partenariat avec différents intervenants (UEROS, services d'accompagnement, lieux de vie ou centres de jours, services sociaux, éducatifs, médicaux, ...) qui poursuivront l'accompagnement.

 

2 - Les domaines d'intervention

Actes essentiels de la vie quotidienne

Toilette, habillage, déplacements intérieurs, prise de repas, organisation et adaptations nécessaires dans l'espace personnel, prise de médicaments, souci de sa santé et de sa sécurité, …

Ex : Retrouver un rythme d'hygiène corporelle et vestimentaire c'est réapprendre des gestes, l'utilisation des produits appropriés, respecter un planning quotidien ou hebdomadaire pour certains. C'est aussi évaluer les besoins en tierce personne et apprendre à reconnaître et demander l'aide nécessaire.

 

Actes domestiques

Gestion alimentaire, entretien du linge et de l'espace personnel, organisation de lieu personnel de vie. Gestion du temps sur une journée avec respect des rendez-vous, d'un rythme de vie équilibré (réveil, repas, inactivité/activité, ...), savoir s'occuper, vivre seul, …

Ex: Apprendre à se préparer des repas c'est trouver les "outils" adéquats pour faciliter une alimentation régulière et correcte. Savoir quels aliments acheter pour une préparation simple, prévoir les ustensiles utiles et éviter ceux qui sont dangereux ou inutilisés.

 

Adaptation à la vie sociale

Gestion administrative, budgétaire, gestion médicale, faire des courses, organiser des rendez-vous, faire des démarches par courrier ou par téléphone, gérer des déplacements extérieurs, s'organiser dans le temps (prévoir sur la semaine, le mois, …). C'est aussi retisser un nouveau réseau relationnel, se responsabiliser dans ses échanges personnels et se positionner autrement que comme "malade ou enfant".

Ex : Se déplacer à l'extérieur demande à prévoir l'argent et les papiers nécessaires, anticiper le parcours et éventuellement le repérer à l'avance, respecter les horaires prévus, utiliser des notes si besoin, savoir demander l'aide nécessaire et à qui s'adresser, …

Il est important de mettre en place des méthodes et organisations que la personne pourra ensuite appliquer seule, des savoirs faire transposables et généralisables. Le niveau d'accompagnement est évolutif. Il commence par beaucoup d'aide, de soutien et de "faire avec" pour aboutir progressivement à des situations où la personne doit autant que possible, s'assumer seule. Le stage prolongé (plusieurs mois) en appartement individuel est une étape importante dans cette évolution et il permet également d'évaluer la capacité de la personne à gérer son temps libre, à vivre et à se sentir en sécurité sans l'aide d'un tiers proche.

Le travail au quotidien sert à réapprendre, trouver certaines solutions personnalisées (planning, moyens mnémotechniques, habitudes, ...) et à prévoir les aides humaines nécessaires.

Pour certains, ce besoin en tierce personne est trop important pour envisager un retour en milieu ordinaire de vie; il faut alors chercher avec la personne un établissement et organiser visites et stages pour trouver un hébergement adapté.

Lorsque la personne est capable d'un minimum d'autonomie pour une insertion en milieu ordinaire, il faut trouver une formule d'hébergement type appartement tremplin, centre de logement temporaire (FJT) ou appartement indépendant. Il faut généralement organiser l'intervention d'auxiliaires de vie, d'infirmier, d'un service d'accompagnement, d'un service de curatelle, etc. Ces aides sont souvent indispensables car le manque d'expérience de vie autonome et les difficultés d'adaptation dans la vie courante peuvent remettre en cause la réussite du projet. Une réinsertion professionnelle possible du point de vue des capacités de travail est parfois vouée à l'échec si ces inadaptations dans la vie personnelle ne sont pas prises en compte.

 

Reprise d'activité et réentrainement professionnel

Reprendre un rythme d'activité de plus en plus soutenu, redécouvrir des centres d'intérêts, améliorer ses savoirs faire, reprendre confiance et s'investir dans de nouveaux apprentissages. Evaluer ses capacités et retrouver des pré-requis professionnels.

Des activités techniques ou créatives sont organisées en petit groupe : cuir, menuiserie, peinture, ordinateur, jardin, chant, théâtre, réalisation d'un "journal", émission de radio, préparation des sorties du week-end. Elles sont le support d'une re-dynamisation et de l'évaluation des capacités effectives de la personne : se faire plaisir, se revaloriser à travers ses réalisations, comprendre et suivre une technique, utiliser des outils mnémotechniques ou des adaptations adéquates, respecter des horaires, consignes, objectifs, s'investir dans une tâche et progresser au cours des séances (capacité d'apprentissage).

Des activités individuelles concernent plus particulièrement des domaines liés au projet et aux difficultés de chaque personne : se repérer en ville, remises à niveau scolaire, gestion de budget alimentaire, démarches concrètes pour la mise en place du projet.

Des "ateliers pré-professionnels" (menuiserie, bureautique, espaces verts, ...) sont réservés aux personnes qui désirent reprendre un travail. Des évaluations et auto-évaluations systématiques permettent de situer la personne par rapport aux pré-requis professionnels tels que la ponctualité, l'assiduité, la fiabilité, le respect des consignes et du cadre, la qualité de résultats, etc. Des stages en milieu professionnel (généralement en milieu protégé) complètent cette évaluation.

Les évaluations faites au cours de ces séances d'activités et d'ateliers servent à orienter le projet au niveau professionnel ou occupationnel. Lorsque le projet professionnel semble cohérent, un ou plusieurs stages en milieu professionnel sont nécessaires pour confirmer ou infirmer cette orientation. Compte tenu de la population reçue, ces stages se font généralement en milieu protégé et constituent très souvent une période d'essai pour une embauche possible.

Lorsque cette insertion professionnelle paraît encore prématurée le ré-entrainement à la Villa Claude Cayeux se prolonge ou une orientation vers un centre spécialisé est proposé pour une reprise de formation, un bilan de compétences, ou un stage plus spécifique type UEROS.

Lorsque l'insertion professionnelle n'est plus envisageable ou non souhaitée, les évaluations en activités comme en ateliers permettent de proposer des orientations vers des centres d'activités de jours, foyers d'hébergement avec plus ou moins d'activités occupationnelles, services d'animations de quartiers ou d'associations spécialisées.

La réinsertion par le travail ou à travers des activités non lucratives se fait rarement en milieu ordinaire. Les orientations se font généralement dans le cadre de services ou de centres spécialisés.

Pour certaines personnes cérébro-lésées, un séjour en centre de réadaptation est utile pour préciser et préparer une nouvelle orientation. L'accompagnement en institution est une des réponses possibles aux difficultés de réinsertion de ces personnes. Il ne convient pas à tous et n'est qu'une étape sur le difficile parcours de la réadaptation. L'intervention de la Villa Claude Cayeux s'inscrit dans un réseau de services spécifiques qui, chacun à leur niveau, participent à ce suivi qui est nécessairement long.